6.2 Évolution de l’attachement

  • Il est possible de modifier son style d’attachement en créant de nouveaux liens sécures. En améliorant ses capacités de mentalisation, on peut apprendre à mieux se comprendre et mieux comprendre les autres, pour développer des relations basées sur la confiance mutuelle.

Modifier son mode relationnel — démarche en 6 étapes

1. Identifier notre type d’attachement et nos réflexes en relation:

  • Qu’est-ce qui me fait sentir sécure?
  • Quels sont mes réflexes en cas de détresse? Est-ce que je recherche la proximité ou au contraire l’isolement ?

Il est important de souligner que notre style d’attachement nous a été utile dans le passé. Il a servi à nous protéger de blessures émotionnelles ou physiques, a été essentiel à notre survie. Malheureusement, la persistance à l’âge adulte de certains comportements peut nuire au développement de relations saines et satisfaisantes.

2. Identifier en quoi notre type d’attachement nuit actuellement à nos relations ou à notre développement personnel:

  • Comment est-ce que je me perçois? Comment est-ce que je perçois mes proches? Qu’est-ce que j’évite?
  • Quelles sont mes difficultés en relation ?
  • Est-ce que mon mode relationnel m’empêche d’atteindre certains de mes objectifs?

3. Identifier concrètement les comportements problématiques :

  • Quelles actions, interprétations ou pensées liées à mon type d’attachement me nuisent au quotidien?

Par exemple, une personne avec un attachement évitant peut ne jamais aller à des événements sociaux, ce qui l’empêche de rencontrer de nouvelles personnes. À l’inverse, une personne ayant un attachement anxieux pourrait demeurer dans des relations où on ne respecte pas ses limites, par peur d’être seule.

4. Porter attention aux signaux précurseurs (sensations, pensées, émotions) avant d’agir de façon nuisible :

  • Quelles sont les sensations ressenties avant de m’engager dans un comportement nuisible?
    • Lorsque j’entre dans mon mode relationnel problématique, quelles sont mes pensées? Mes émotions?
    • Comment est-ce que je me sens après avoir agi?

Nos actions découlent d’états mentaux, c’est en leur portant attention qu’on peut prévenir des réactions impulsives dommageables.

5. Réfléchir aux motivations qui sous-tendent nos actions:

  • Qu’est-ce que j’espère obtenir de cette interaction?
  • Comment est-ce que je veux me sentir? Quel est mon besoin?
  • Quelles pourraient être les conséquences négatives de cette action?
    • Pour moi?
    • Pour les autres?

Nos actions visent à produire un effet chez nous-mêmes ou chez les autres. En comprenant mieux nos intentions, nous pouvons modifier nos comportements afin d’agir de manière plus efficace.

6. Identifier des comportements alternatifs pour répondre à nos besoins:

  • Comment puis-je agir tout en respectant mon intégrité?
  • Comment puis-je traiter les autres avec soin et respect?
  • Est-il possible de concilier les deux?

Les actions où on respecte à la fois notre propre valeur et celle des autres sont généralement celles qui nous aident à aller vers des liens plus sécures.

C’est par la répétition d’expériences relationnelles et par la réflexion sur celles-ci qu’émerge progressivement un mode relationnel plus sécure, propice au développement de relations significatives et satisfaisantes.

N. B. Cette section est basée sur le guide de Drozek, R. P. (2025). Mentalisation : Utilizing reflection to heal from borderline personality disorder. Oxford University Press. Vous pouvez vous y référer pour en apprendre davantage.

Mentaliser dans les conflits

Adopter une posture mentalisante dans un conflit ne signifie pas nier sa propre expérience ni renoncer à ses besoins, mais rester ouvert à l’idée que l’autre possède lui aussi un monde intérieur qui influence sa façon de penser, de ressentir et d’agir. Cette ouverture est souvent une condition essentielle à la compréhension mutuelle et à la réparation des liens.

Les questions qui favorisent la mentalisation en cas de conflit :

  • Tourner l’attention vers soi : Que suis-je en train de ressentir ? Qu’est-ce qui est important pour moi dans cette situation (un besoin, une valeur, une préoccupation) ?
  • Explorer sa façon de comprendre la situation : Que suis-je en train de supposer ? Y a-t-il des éléments que je considère comme certains, alors qu’il s’agit peut-être d’interprétations ?
  • Élargir la réflexion vers l’autre : Que pourrait vivre l’autre personne ? Quelles émotions, quelles préoccupations ou difficultés pourraient influencer sa réaction ?
  • Se rappeler que notre compréhension est toujours partielle : Quelles informations me manquent ? Existe-t-il une autre façon de comprendre ce qui se passe ?

Chaque fois que nous passons d’une certitude à une question, nous faisons un pas vers la mentalisation. Ce simple changement de posture permet souvent de voir la situation sous un angle différent.

La réparation relationnelle

  • Aucune relation n’est exempte de difficultés (amoureuse, familiale, amicale ou professionnelle). Ce qui distingue les relations les plus sécurisantes n’est généralement pas l’absence de conflits, mais la capacité à retrouver le lien après une tension.
  • La réparation relationnelle est ce processus par lequel deux personnes parviennent progressivement à se reconnecter après un conflit, une déception ou une blessure par une discussion, des explications, des excuses, ou simplement le fait de reconnaître ce que chacun a vécu.
  • Lorsqu’un conflit est encore très actif, il est difficile de voir autre chose que sa propre souffrance. À mesure que la mentalisation revient, il devient plus facile de reconnaître la complexité de la situation et de s’intéresser à l’expérience de l’autre, même si on ne partage pas son point de vue.
  • La réparation ne signifie pas que tout sera résolu parfaitement, elle implique de retrouver suffisamment de compréhension mutuelle pour permettre au lien de se reconstruire. Cela repose souvent moins sur le fait d’avoir raison que sur la capacité à reconnaître l’expérience de l’autre tout en restant en contact avec la sienne.
Vignette — Un conflit ordinaire Sam et sa partenaire se disputent parce qu’elle a annulé un souper prévu depuis longtemps. Sam se sent immédiatement blessé et pense : « Elle ne tient pas vraiment à passer du temps avec moi. » Plutôt que de rester sur cette certitude, il prend un moment pour se demander ce qu’il ressent réellement (de la déception, et une peur de ne pas compter) et ce qui pourrait se passer pour elle (peut-être de la fatigue, ou une surcharge au travail). En lui posant directement la question, il découvre qu’elle traverse une période très chargée et qu’elle culpabilise déjà d’avoir annulé. La conversation, abordée avec curiosité plutôt qu’avec accusation, permet une réparation rapide du malentendu.

Avis important

Ce site propose des ressources éducatives fondées sur le traitement basé sur la mentalisation. Il s’agit d’un outil d’autoapprentissage destiné à vous aider à mieux comprendre vos émotions, vos réactions et vos relations. Ce site ne remplace pas un suivi professionnel. Les informations et les exercices proposés ici ne constituent ni un diagnostic médical, ni une thérapie, ni un traitement de santé mentale. Si vous êtes en détresse, si vous vivez des pensées suicidaires ou si vous traversez une crise, demandez de l’aide immédiatement auprès d’un professionnel de la santé ou d’un service d’urgence dans votre région.