Le passé et le présent peuvent donc parfois se mélanger
- Lorsque des blessures relationnelles sont réactivées, il peut devenir difficile de distinguer ce qui appartient au présent de ce qui appartient au passé. Une remarque ambiguë, une distance temporaire ou un désaccord mineur peuvent susciter une réaction très intense parce qu’ils entrent en résonance avec des expériences antérieures.
- Dans ces moments, on peut commencer à anticiper davantage le rejet, devenir plus méfiant, ou avoir plus de difficulté à maintenir une vision nuancée de la situation.
- Ces réactions ne signifient pas que la personne exagère ou invente sa souffrance. Elles témoignent du fait que le système émotionnel en mode automatique répond simultanément à la situation actuelle et à des expériences passées qui ont laissé une empreinte importante.
- La mentalisation aide à se demander :
- « Que se passe-t-il en ce moment ? »,
- « Qu’est-ce que cette situation vient toucher dans mon histoire ? »,
- « Quelle partie de ma réaction appartient à la situation actuelle ? »
- « Quelle partie pourrait être influencée par des expériences plus anciennes ? ».
- Ces questions peuvent permettre de retrouver du recul et de réagir avec plus de souplesse.
- Retracer l’origine d’une réaction permet de l’explorer avec davantage de curiosité et de compassion (posture de mentalisation) plutôt que de la juger comme un défaut personnel.
Comprendre plutôt que se blâmer
- L’une des conséquences les plus douloureuses des expériences d’adversité durant l’enfance est la façon dont elles influencent le regard qu’on porte sur soi-même.
- Ce regard est souvent autocentré, c’est-à-dire polarisé sur les pôles soi, affectif et interne (boussole de la mentalisation), avec pour conséquence des croyances du type « Il y a quelque chose qui ne fonctionne pas chez moi ».
- La mentalisation propose une approche différente : plutôt que de chercher ce qui serait « défectueux », explorer ce qui a pu contribuer au développement de certaines réactions :
- « Qu’est-ce qui a pu m’amener à réagir ainsi ? »
- « Dans quel contexte cette réaction a-t-elle appris à exister ? »
- « En quoi était-elle adaptative dans le passé ? »
- Ce changement de perspective fait passer d’une logique de jugement à une logique de compréhension. Comprendre n’est pas la même chose qu’excuser : on peut reconnaître que certaines réactions causent des difficultés tout en cherchant à comprendre comment elles se sont développées.
- Au lieu de conclure « je suis le problème », on peut se demander : « Que cherche à me dire cette réaction ? À quoi a-t-elle servi dans mon histoire ? Qu’est-ce qu’elle tente de protéger aujourd’hui ? »
- Cette posture favorise généralement davantage le changement que l’attitude de dévalorisation, d’autodénigrement ou de victimisation. Lorsqu’une personne se sent comprise, même par elle-même, il devient plus facile de réfléchir à ses réactions et d’en reconnaître les limites dans le contexte actuel.
Le rétablissement est possible
- Les expériences traumatiques ne définissent jamais entièrement une personne. Elles font partie de son histoire, mais ne résument ni son identité, ni sa valeur, ni son potentiel de développement.
- Les relations sécurisantes (être accueilli, compris, respecté et soutenu) et une meilleure compréhension de soi (reconnaître les liens entre histoire, émotions et réactions actuelles) sont des facteurs favorisant la poursuite du développement à l’âge adulte et la résilience.
- Le développement de meilleures capacités de mentalisation et, pour certaines personnes, un accompagnement thérapeutique individuel ou de groupe offrant un espace sécuritaire pour explorer son histoire et vivre des expériences relationnelles réparatrices peuvent aussi aider.
- Le rétablissement ne consiste pas à effacer le passé (le passé demeure une partie de notre histoire, il est impossible à modifier). Ce qui peut changer, c’est la manière dont on le comprend et la place qu’il occupe dans notre vie actuelle.
- Surmonter son vécu d’adversité consiste souvent à développer une nouvelle relation avec son histoire : les expériences passées cessent progressivement d’être uniquement des sources de souffrance pour devenir une histoire que l’on peut comprendre, intégrer et dépasser.
À retenir : Les expériences d’adversité durant l’enfance ne définissent pas la personne et leurs conséquences ne sont pas nécessairement permanentes (leurs effets peuvent être atténués). Les expériences relationnelles réparatrices (présence d’adultes bienveillant dans l’entourage de l’enfant, relations constructives à l’âge adulte), la réflexion, le soutien de proches et les approches thérapeutiques peuvent contribuer à consolider la capacité à mentaliser et développer davantage de sécurité et de confiance en relation.
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Comprendre une réaction intense
Jonathan se met très en colère lorsqu’un collègue lui fait une remarque, même légère, sur son travail. Sa réaction lui semble disproportionnée et il s’en veut après coup. En explorant son histoire, il réalise qu’il a grandi avec un parent très critique, où la moindre erreur entraînait des remarques humiliantes. Aujourd’hui, une simple remarque neutre peut réactiver cette ancienne sensibilité à l’humiliation, ce qui explique l’intensité de sa réaction sans que cela signifie qu’il « exagère » ou qu’il devrait simplement « se calmer ». Comprendre ce lien lui permet d’aborder ses réactions avec plus de compassion et de distinguer, la prochaine fois, ce qui appartient à la situation présente de ce qui appartient à son histoire.
Avis important
Ce site propose des ressources éducatives fondées sur le traitement basé sur la mentalisation. Il s’agit d’un outil d’autoapprentissage destiné à vous aider à mieux comprendre vos émotions, vos réactions et vos relations. Ce site ne remplace pas un suivi professionnel. Les informations et les exercices proposés ici ne constituent ni un diagnostic médical, ni une thérapie, ni un traitement de santé mentale. Si vous êtes en détresse, si vous vivez des pensées suicidaires ou si vous traversez une crise, demandez de l’aide immédiatement auprès d’un professionnel de la santé ou d’un service d’urgence dans votre région.
