12.1 Comprendre le trauma et ses effets

Qu’est-ce qu’un trauma ?

  • On pense souvent au trauma comme à des événements dramatiques (accident grave, catastrophe, violence physique). Ces expériences peuvent effectivement être traumatiques, car elles confrontent à un sentiment intense de danger, d’impuissance ou de détresse.
  • Mais le trauma ne se limite pas à ce type d’événements : certaines blessures psychologiques qui surviennent dans des contextes relationnels à travers des expériences répétées, notamment les expériences d’adversité durant l’enfance, peuvent affecter profondément le sentiment de sécurité, de confiance ou de valeur personnelle.
  • Ce qui rend une expérience traumatique n’est pas uniquement l’événement lui-même, mais surtout la manière dont il est vécu, souvent l’expérience d’avoir été seul face à une expérience troublante. Deux personnes peuvent ainsi traverser une situation similaire et en être affectées très différemment selon leur âge, leur contexte (notamment la présence de facteurs de protection), leurs ressources et le soutien reçu.
  • Le trauma a souvent un impact important sur la capacité à comprendre et réguler les émotions, sur la confiance envers les autres, sur la perception du danger et sur la manière d’interpréter certaines situations dans le présent.

Expériences d’adversité durant l’enfance et trauma relationnel complexe

  • La notion de trauma complexe désigne les blessures psychologiques répétées qui surviennent dans le contexte d’une relation d’attachement, particulièrement pendant l’enfance ou l’adolescence, lorsqu’une personne est exposée à des expériences d’insécurité au sein d’une relation où elle avait pourtant besoin de sécurité, de protection et de réconfort.
  • Formes possibles : négligence émotionnelle ou physique, abus physique, abus émotionnel (insultes répétées, humiliation, menaces), abus sexuel, climat d’imprévisibilité chronique (par exemple parent qui consomme des substances ou qui souffre d’un trouble mental), exposition à de la violence conjugale.
  • Ce qui rend ces expériences particulièrement marquantes : leur impact est amplifié par le fait qu’elles surviennent dans un contexte domestique et au sein de relations qui auraient normalement dû représenter une source de sécurité. Un conflit profond apparait entre le besoin de proximité et de protection de l’enfant et l’indisponibilité de la figure d’attachement ou la menace qu’elle représente.
  • Ces expériences façonnent des croyances profondes tel que : « je ne peux compter sur personne », « mes besoins risquent de déranger les autres », « il est plus prudent de ne pas montrer ma vulnérabilité », « les relations sont fondamentalement dangereuses ».
  • Ces conclusions ne sont généralement pas le fruit d’une réflexion consciente. Elles se construisent progressivement et sont souvent essentielles à la survie psychologique de la personne dans le contexte d’adversité où elles ont émergé.

Les conséquences possibles de l’expérience d’adversité durant l’enfance

  • Développement d’une représentation négative de soi
    • Quand des expériences répétées transmettent le message que l’on n’est pas important ou qu’on dérange, l’autodénigrement, le sentiment d’inadéquation et la difficulté à reconnaître sa propre valeur peuvent s’installer (logique implicite de type “puisqu’on m’a négligé ou maltraité, c’est que je ne suis pas important, ou que je dois être une mauvaise personne”).
  • Difficultés relationnelles
    • Grande sensibilité à l’abandon ou au rejet, vigilance accrue aux signes d’éloignement ou, au contraire, difficulté à se rapprocher des autres et à faire confiance (méfiance épistémique), hésitation à demander de l’aide, difficulté à dépendre des autres, croyance que les relations sont imprévisibles ou dangereuses.
  • Difficultés de régulation émotionnelle
    • Anxiété, peur, colère, tristesse ou honte fréquentes ou intenses (les émotions surgissent rapidement et mettent du temps à s’atténuer), impulsivité, comportements à risque, tendance à l’autocritique sévère avec perfectionnisme.

Le trauma influence la mentalisation

  • Notre capacité à mentaliser est accessible lorsque nos émotions sont régulées. Certaines situations peuvent réactiver des blessures anciennes ou des souvenirs émotionnels liés à des expériences traumatiques. Le système émotionnel réagit alors comme si le danger était beaucoup plus important que ce que la situation actuelle comporte.
    • Exemple : pour certaines personnes, une critique peut être désagréable mais relativement facile à remettre en perspective. Pour une personne ayant vécu de nombreuses expériences d’humiliation ou de rejet, la même critique peut réactiver des sentiments anciens de honte ou d’abandon qui dépassent largement la situation présente, avec pour effet de neutraliser sa capacité à mentaliser.
    • Sans accès à sa capacité de mentalisation, la personne risque de faire des interprétations plus rigides et d’être méfiante envers les autres, voire hostile.
  • Cette réalité ne signifie pas que ces réactions sont irrationnelles ou exagérées, mais plutôt qu’elles ne concernent pas uniquement le contexte présent. Les bris de mentalisation sont plus fréquents lorsque des blessures anciennes sont réactivées. L’ampleur de la réaction de la personne devient plus compréhensible lorsqu’on tient compte de l’histoire qui a façonné cette sensibilité particulière.

Avis important

Ce site propose des ressources éducatives fondées sur le traitement basé sur la mentalisation. Il s’agit d’un outil d’autoapprentissage destiné à vous aider à mieux comprendre vos émotions, vos réactions et vos relations. Ce site ne remplace pas un suivi professionnel. Les informations et les exercices proposés ici ne constituent ni un diagnostic médical, ni une thérapie, ni un traitement de santé mentale. Si vous êtes en détresse, si vous vivez des pensées suicidaires ou si vous traversez une crise, demandez de l’aide immédiatement auprès d’un professionnel de la santé ou d’un service d’urgence dans votre région.